lundi 22 septembre 2008

La religion grecque (Que sais-je?)

La semaine dernière, j'ai lu La religion grecque dans la collection Que sais-je ? (n° 1969, par Fernand Robert)

Ce livre explique la façon dont les dieux grecs sont apparus en Grèce ancienne. L'auteur a bien entendu une démarche historienne et scientifique, tentant de reconstruire la naissance de la religion. La mythologie qui s'est ensuite greffée dessus est bien entendu une aimable fable pour rendre de la cohérence à ce panthéon hétéroclite...

Croyance, mythologie et littérature : le premier chapitre de 17 pages présente le thème du livre en 4 points.
1/ Religion et mythologie explique la grande différence entre ces deux notions, et détaille certaines théories autrefois avancées pour expliquer la genèse des dieux grecs. L'école allégorique eut un certain succès, expliquant tous les dieux comme des personnifications de concepts, d'éléments... Il y eut ensuite l'évhémérisme interprétant les dieux comme des souverains ou héros des temps passés. Il y a aussi la méthode étiologique (ou sociologique), qui a plutôt la sympathie de l'auteur, expliquant que les mythes, et les dieux eux-même, s'expliquent par des rites et traditions qui leurs sont antérieurs.
2/ Les trois fonctions explique brièvement la théorie de Georges Dumézil, dont nous parlions il y a quelques semaines : la division, dans les cultures indo-européennes, des dieux principaux entre trois fonctions (souveraineté + prêtrise, guerre, production économique)
3/ Religion et littérature explique que les écrivains comme Homère et Hésiode sont les principales références en matière de mythologie et de cohérence entre dieux, alors que le peuple (et même les prêtres) n'yprêtent pas tellement attention.
4/ Pausanias : cet écrivain grec du 2e siècle est la référence principal de l'auteur, notamment par son Périégèse, une sorte de guide des temples de Grèce continentale.

Sanctuaires et rites : le deuxième chapitre de 38 pages discute des rites basiques, temples, sacrifices ... qui ont souvent précédé les dieux les expliquant ! L'auteur discute notamment des sacrifices chthoniens et ouraniens, correspondant respectivement à un bon repas entre fidèles, et à l'élimination des déchets (viscères, graisses, ossements...) par crémation. Voilà comment certaines pratiques cultuelles dérivent de pratiques culinaires. L'auteur s'étend également sur les rites de fertilité (notamment les fameux mystères d'Eleusis), les tabous autour de la mort, les jeux...

Quelques dieux, dans l'Olympe ou sans Olympe : le troisième chapitre donne en 56 pages de nombreux exemples de dieux et de leur apparition en Grèce.
I/ Hermès et les dieux inventés en Grèce même : Comment des tas de cailloux (herma) déposés le long des routes et aux carrefours ont fini par être décorés de statuettes et par finalement être incarnés en un dieu du voyage et du commerce
II/ Athéna : Comment les triomphes, de simples épouvantails (marquant un lieu de victoire), formés d'une croix avec un casque, un bouclier et une lance, ont fini par devenir une déesse de la victoire, puis de la sagesse, etc.
III/ Athéna, Déméter et Dionysos en Attique : Comment des fêtes des moissons et desvendanges ont pré-existéavant d'être associées à l'omnipotente Athéna, puis aux deux autres divinités plus spécialisées
IV/ Artémis et Athéna : Comment ces deux déesses sont restées longtemps concurrentes. Artémis est sans doute originaire d'Asie Mineure, bien qu'assez ancienne (citée dans les documents en linéaire B), et a absorbé de nombreuses déesses pré-helléniques (Hécate notamment)
V/ La triade apollinienne : Artémis, Apollon et Léto forment l'une des multiples triades, regroupées sans raison particulière...
VI/ Apollon et Poséidon : Ces deux dieux ont longtemps été concurrents, Poséidon était plutôt un dieu de la Grèce centrale et profonde, face à un Apollon cosmopolite
VII/ Aphrodite, Arès et Héphaïstos : un étonnant triangle amoureux formé de trois dieux disparates, l'orientale Aphrodite (importation d'Ishtar/Astarté), Arès réputé thrace et ce bon vieux dieu pré-héllène HéphaIstos (sans doute né à Lemnos)
VIII/ Dionysos : la tradition le prétend originaire d'Asie, mais des documents prouvent qu'il est grec depuis très longtemps ! Cette réputation est sans doute liée à l'existence de dieux très proches à l'étranger, comme le Sabazios thraco-phrygien
IX/ Héra, Zeus, l'Olympe et les douze dieux : Héra était l'ancienne grande déesse du Péloponnèse, peu à peu éclipsée par Zeus. De multiples cultures anciennes (notamment en Asie Mineure) ont à leur sommet une déesse-terre et un dieu-tonnerre... L'Olympe comme lieu de réunion des dieux est une construction mythologique assez floue, et d'ailleurs les 12 dieux présents varient énormément...

Principaux moments de la pensée religieuse : ce quatrième chapitre de 10 pages résume l'évolution de la religion grecque, notamment les étonnantes libertés prises par les écrivains et philosophes avec leur matière religieuse. Tout compte fait, c'est un quasi-monothéisme qui a dominé, notamment autour de l'omniprésent et protéiforme Zeus. L'auteur rappelle aussi qu'Asclépios fut la star incontestée des dieux grecs, jusqu'à une époque tardive.

L'ouvrage se termine par une abondante bibliographie et une table des matières.

Tout cela est très intéressant, puisqu'il montre la justesse de certaines intuitions de James Churchward, notamment dans son explication de la religion égyptienne dans L'univers secret de Mu. L'humanité est essentiellement monothéiste à la base, ensuite là-dessus se sont greffé des éléments animistes et l'adoration des héros. Et au fur et à mesure des échanges conquêtes, les religions locales et étrangères sont agrégées à la religion de la civilisation dominante... Nous y reviendrons !

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