mardi 14 juillet 2009

Mythes et Dieux de l’Inde (Daniélou) : introduction

J'ai entamé la lecture de Mythes et dieux de l'Inde, par Alain Daniélou, chez Champs Flammarion. C'est un ouvrage très intéressant par sa présentation assez didactique de la philosophie hindouiste et de ses multiples dieux et mythes. Il est également très intéressant car l'auteur a des opinions et hypothèses qu'il défend avec passion, et il est en accord avec l'hypothèse des invasions aryennes, de liens fondamental entre les religions, etc. Bref, exactement l'inspiration dont j'ai besoin !

Voilà quelques extraits de l'introduction du livre, qui résume bien la pensée et les opinions de l'auteur...

L'Inde nous apparaît aujourd'hui comme un musée de l'histoire où tous les âges de l'humanité coexistent dans un éternel présent.
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A aucun moment, un envahisseur ou un mouvement réformateur n'a pu détruire ou entièrement assimiler les peuples, les civilisations ou les religions qui avaient existé auparavant, car ceci aurait représenté un jugement de valeur que l'homme respectueux de l'oeuvre des dieux ne peut se permettre. Ce principe fondamental du Shivaïsme proto-historique a permis à l'Inde de survivre avec une prodigieuse continuité alors que tous les autres continents voyaient leurs civilisations, leurs cultures, leurs religions systématiquement détruites puis péniblement reconstruites après chaque invasion, chaque changement social ou religieux.

Nous rencontrons dans l'Inde des peuples de l'âge de la pierre, analogues aux pygmées de l'Afrique ou aux aborigènes de l'Australie qui ont conservé leurs cultes animistes, leur philosophie, leurs structures sociales et leurs langues de type munda apparemment les plus anciennes du monde. Nous y retrouvons dans sa forme intégrale le Shivaïsme, la grande religion qui fut celle de la civilisation de l'Indus, de ses prolongements sumériens, crétois, égyptiens, grecs, romains et, d'autre part, indochinois et indonésiens.
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Les Aryens nordiques, apparentés aux Iraniens et aux Achéens apportèrent dans l'Inde entre la troisième et le second millénaire avant notre ère, la religion védique dont les dieux, les symboles et les rites sont analogues à ceux de la Grèce et de l'Italie pré-romaine ainsi que de l'Iran avestique. Après une longue lutte contre le Shivaïsme représenté comme une religion démoniaque, celui-ci fut finalement intégré dans la religion védique pour donner naissance à ce que nous appelons l'hindouisme mais que dans l'Inde on appelle sanâthana dharma, la "religion éternelle".
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Les recherches des philosophes sur la structure du Cosmos étaient parallèles et si les noms donnés aux énergies cosmiques étaient différents dans une culture ou dans une autre cela ne créait pas plus d'obstacles que la différence des termes scientifiques dans les langues modernes. Les dieux représentaient des principes universels, qui pouvaient être représentés symboliquement par les forces de la nature, mais non par des personnes agissantes s'intéressant directement au destin ou aux actions des hommes. Le Varuna hindou correspondait à l'Ouranos Grec, Indra n'était qu'un autre nom de Jupiter. Les soldats d'Alexandre se rendirent à Nysa, la montagne sacrée de Shiva qu'ils appelaient Dionysos, pour y vénérer le dieu et y embrasser leurs frères en religion...

Athènes, Alexandrie, la Syrie, la Palestine étaient des lieux de rencontre où se trouvaient de nombreux Hindous. Aristoxène, cité par Eusébius parle de discussions entre Socrate et un philosophe indien. L'école des Sceptiques fut fondée selon des principes jaïna. Comme l'a remarqué Schröder (Pythagoras und die Inder) presque toutes les doctrines philosophiques ou mathématiques attribuées à Pythagore sont dérivées du Sânkhya et étaient courantes en Inde à son époque. Nous retrouvons d'ailleurs les concepts fondamentaux du Sânkhya chez Anaximandre, Héraclite, Empédocle, Anaxagore, Démocrite et Epicure. Les influences indiennes sur la pensée des Gnostiques, des Néo-Platoniciens ainsi que sur l'Evangile de Saint Jean sont généralement reconnues. L'Apocalypse est une adaptation du Bhavishya Purâna. Il existait des colonies d'Hindous sur le haut Euphrate bien avant l'ère chrétienne et c'est seulement en 304 de notre ère que Saint Grégoire détruisit leurs temples et en brisa les images.

Il serait toutefois inexact de croire qu'il s'agissait dans tous les cas de l'influence d'une philosophie d'origine indienne. Il s'agissait de la redécouverte d'un savoir qui avait été commun à l'Inde et aux pays méditerranéens avant le désastre causé par les invasions nordiques, et il était tout naturel que l'on se tourne vers l'Inde qui seule avait su conserver intégralement ou presque cet héritage commun.
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L'homme gangétique qui développa les grandes civilisations des vallées du Gange et de l'Indus appartient à la race que nous appelons méditerranéenne, la race des Egyptiens pré-dynastiques, des Lybiens, des Berbères, des Crétois, des Sumériens. Il parlait des langues agglutinantes de type dravidien, aujourd'hui subsistant dans le sud de l'Inde et dont les branches occidentales étaient entre autres le sumérien et sont encore jusqu'à nos jours le géorgien et le peuhl. C'est de la culture de ces peuples qui est à la base de toutes nos civilisations depuis le sixième millénaire avant notre ère que nous vient le Shivaïsme et ses survivances dionysiaques et c'est dans le Shivaïsme que nous retrouvons l'origine d'une grande partie des rites, des mythes et des symboles des religions ultérieures.
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C'est seulement dans les sciences les plus avancées, mathématiques, cybernétique, biologie, atomique, que je rencontrais des notions qui se rapprochaient de celles des sciences de l'Inde.
Dans ce monde qui se targuait d'avoir tout inventé, je n'apercevais rien d'original, mais seulement des bribes mal comprises d'un savoir plus ancien, et j'étais surpris par l'usage inconsidéré, interdit dans les sociétés traditionnelles, de connaissance, de modes de vies, de tyrannies intellectuelles et morales, qui ne peuvent conduire qu'à la destruction de l'homme.
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Devant l'avilissement d'une pensée religieuse devenue purement dogmatique, puritaine et sociale, non seulement en Occident mais dans l'Inde moderne elle-même, il semble que la redécouverte d'une mythologie symbolique, d'une cosmologie qui ne sépare pas religion, métaphysique et science, d'un respect plus grand de la liberté d'être et de penser, qui n'est en fait quele respect du créateur qui a inventé l'homme, pourrait être la source de cette ère nouvelle qui doit succéder aux désastres qui menacent l'humanité. Je n'ai pu donner ici que des aperçus très succincts de l'immense littérature théologique et mythologique de l'Inde. J'ai cherché uniquement à rassembler quelques éléments essentiels pour permettre une meilleure compréhension de la conception hindoue de la multiplicité du divin et des dangers inhérents au monothéisme.


Je le lis par bribes en commençant par ce qui m'intéresse en ce moment : le védisme, les hypothèses sur les religions pré-védiques (le shivaïsme primitif notamment), les peuples mystérieux (Rākshasa, Nâga...). Je compte lire l'intégralité de ce pavé pendant l'été. C'est très bien écrit, de façon claire et avec une passion communicatrice.

Liens:
- Site web consacré à Alain Daniélou (1907-1994)
- Article Wikipedia sur le Shivaïsme

Illustrations :
- couverture du livre
- Agni, l'un des principaux dieux védiques
- symbole du Shivaïsme, mêlant le trident de Shiva et le symbole tripoundra, formé de trois lignes horizontales
- photographie d'Alain Daniélou

1 commentaire:

Alexis Andrianis a dit…

Merci pour ces informations.
Intéressant votre blog.
Bravo!