lundi 6 décembre 2010

La vie malgré tout

Le 2 décembre 2010, la NASA organisa une conférence, a priori concernant l'exobiologie. Néanmoins, des informations concernant cette conférence avaient déjà fuité, confirmant une légère déception : non, on n'a pas encore découvert de vie extraterrestre... En revanche, le sujet de cette conférence reste très intéressant : la vie reste possible en l'absence d'un élément que l'on croyait jusqu'à présente indispensable, le phosphore.

La bactérie GFAJ-1 fut découverte dans un célèbre lac très salé des Etats-Unis, le Lac Mono, vu notamment dans le film L'homme des hautes plaines de Clint Eastwood. Ce micro-organisme est parvenu à remplacer l'un des éléments principaux de la vie, le phosphore, par de l'arsenic. Des recherches en laboratoire ont démontré le remplacement quasi-total du phosphore par l'arsenic, jusqu'à l'ADN de l'organisme (un point encore un peu controversé). Il ne s'agirait donc pas seulement d'une simple survie en milieu hostile (pauvre en phosphore), mais d'une modification profonde des bases mêmes de la vie. A noter qu'il existe d'autres formes de vies dans le lac, notamment des artémias, petits crustacés.

Cette découverte n'est aucunement une preuve de la vie extraterrestre, mais une démonstration supplémentaire que la vie peut se développer, voire naître, dans des milieux a priori totalement hostiles. C'est un espoir supplémentaire aux hypothèses actuelles concernant les possibilités de vie extraterrestre.

Les organismes vivant en milieux extrêmes sont collectivement nommés extrémophiles. Par exemple :
- Pyrolobus fumarii vit à des températures entre 90°C et 113°C
- Ferroplasma acidarmanus se développe à un pH proche de 0
- Deinococcus radiodurans résiste plus de 2000 fois mieux à la radioactivité que l'humain
- Haloarcula marismortui vit dans la Mer morte et se développe dans une eau à 300 g/l de NaCl (10 fois la salinité de l'océan)

Du côté des organismes multicellulaires, les performances sont moins impressionnantes, mais il existe néanmoins de belles performances d'adaptation :
- Le ver Alvinella pompejana peut survivre dans des eaux thermales à 80°C
- Les notothénioïdes sont des poissons arctiques dont le sang bénéficie d'une sorte d'antigel naturel

Le Lac Mono n'est pas le seul lac terrestre à intéresser les exobiologistes. Sous les glaces de l'Antarctique existent plusieurs lacs d'eau liquide isolés du reste de la Terre depuis des millions d'années. L'un d'entre eux, le Lac Vostok, le 16e lac du monde en superficie (15 690 km²), fait figure de modèle pour l'exploration future des lacs liquides souterrains des lunes de Jupiter, notamment sous la surface d'Europe. Des forages ont été effectués à 4 kilomètres de profondeur (200 mètres au-dessus de la surface du lac), et on y a trouvé des bactéries primitives. Reste à prouver qu'elles sont originaires du lac...

Liens
- (en) L'article de référence dans le journal Science, concernant GFAJ-1
- article Wikipedia sur GFAJ-1
- article Wikipedia sur le Lac Mono
- article Wikipedia sur le Lac Vostok
- article Wikipedia sur les extrêmophiles

Illustrations
- photographie du Lac Mono (Michael Gäbler)
- L'homme des hautes plaines (jaquette DVD)
- La bactérie GFAJ-1 (NASA)
- Le ver Alvinella pompejana (domaine public)

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